La nuit s'écoule lentement, goutte d'eau de la nuit des temps. Le son mat de nos semelles contre le sol dur n'est nullement couvert par la mince couche de neige qui recouvre la ruelle. À ma gauche, Sally s'essouffle autant que moi. Ses cheveux roux flamboient dans la pâle lumière de la lune. Malheureusement, comme toute lumière dans le noir attire les insectes, nous, nous attirons nos ennemis. Dieu sait que nous en avons beaucoup. Si j'avais été plus intelligent, j'aurais fait comme tout le monde. J'aurais étudié, travaillé, j'aurais peut-être eu une famille et je serais mort vieux et paisiblement, laissé fin seul dans une maison de retraite. Le vrai problème, c'est que je ne suis pas comme tout le monde justement. Sally me comprend, elle. Nous ne sommes ni super héros, ni vilains monstres bien méchants. Nous ne sommes que deux êtres qui tentons de faire nos vies dans un monde où on est mieux mort que vif.
Notre haleine se cristallise dans l'air fraîchement hivernal. C'est encore de la chance la plus pure que nous ne nous soyons pas encore fendu la gueule en glissant sur une plaque de glace. Si c'était pour arriver, la poursuite s'achèverait aussi rapidement. Derrière nous, les hommes d'Elestor nous collent aux basques. Si on peut les appeler des hommes... Derrière eux, la police. Elle aimerait bien mettre la main sur un type comme moi, mais ils ne courent pas assez vite. Mon foulard noir retient l'humidité de mon haleine. Mon capuchon, également noir, est gonflé par le vent de ma course et menace de littéralement de s'envoler de ma tête. Sally, elle n'a rien pour cacher ses traits. Elle aime bien trop son effet surprenant avec sa peau si blanche contrastant avec ses cheveux couleur flammes du bûcher. Cette idée me fait peur. Le bûcher c'est rien, comparé à ce qui nous attend si nous nous faisons rattraper. Même dans notre débâcle, ma compagne garde son éternel petit sourire moqueur au bord des lèvres. Ses yeux, aux iris grisâtres, semblent plus rieurs que jamais. Jamais j'aurais crû qu'elle me donnerait le goût de m'esclaffer sans raison dans une situation aussi purement merdique. Le seul truc qui m'en empêche c'est que j'ai plus assez de souffle pour ça. Grey s'éclate en mon fort intérieur par contre. Il est aux anges en ce moment.
Il s'amuse à me tourmenter avec des idées et des images, il sait que j'ai bien trop peur pour regarder derrière moi. Du coup, il jubile à me faire paniquer et à me faire sentir des illusions,[/g] comme leur souffle sur ma nuque et leurs lames fouettant l'air une fraction de seconde derrière moi. Tout devient mensonge destiné à me faire ployer sous sa démence. L'écho de nos pas devient le bruit des pas ennemis, les Arous. Chaque bruit, chaque souffle irrégulier devient un mouvement d'autant plus proche de nous. Grey s'amuse. Il veut prendre contrôle et il n'est sérieusement plus loin du but. Dans les dernières minutes, mon c½ur a sauté un battement tant de fois sous l'effet de la surprise que je dois avoir une moyenne de trois ou quatre battements la minute. La panique commence à couler et c'est sa drogue, à Grey. Ça fais si longtemps qu'il m'en réclame une dose.
Tic, tac, tic, tac, tictac, tictac, tictactictactictac. Les instants s'égrènent, je ne sais plus où ils sont, pas plus que je sais où nous sommes. J'ai une vision un peu horripilante. Je les vois, festoyant sur nos cadavres, leurs yeux se révulsant sous l'effet de la satisfaction, l'odeur de mon sang les rendants fou d'une joie sauvage. Leurs poils de barbes me grattant les entrailles. Bizarrement, l'idée de me faire chatouiller les intestins par leurs moustaches me fait accélérer au point que Sally peine énormément à me suivre.
La ruelle s'allonge toujours. On n'en voit pas la fin. Il n'y a que trois alternatives qui s'offrent à nous. Une issue à gauche, une à droite ou un mur sur lequel s'appuyer en attendant notre fin. Devinez laquelle Grey ne cesse de me souffler ? Il y a des lumières d'une blancheur aveuglante à intervalles réguliers et à chaque fois, les espoirs d'une variante s'estompent. Un mur à gauche, un mur à droite et un trou noir devant. La ruelle nous plonge sans cesse dans un abîme de surprise... notre vie est digne d'un cinémascope.
À force de me côtoyer, Sally m'a refilé son habitude apaisante de se perdre dans nos pensées. Même dans ce merdier, ça m'aide à retrouver un semblant de calme. L'influx d'adrénaline et de panique se déverse dans le flot de mes mémoires. J'essaie de trouver ce qui a mal tourné. D'un ton moqueur, Grey sympathise en me disant : « Dorian. Doooorian ! Tu n'y peux rien, ça te colle après depuis ta naissance ! »
Grey, je t'emmerde !
Les images défilent et tout s'estompe. Mes yeux ne cherchent plus une issue, j'en oublis le froid, la fatigue, ma course devient une suite de pas automatiques. J'oublie mes poursuivants et j'oublie la merdicité de la situation. J'oublie même Grey qui pête un plomb dans mon esprit. Je n'oublie pas Sally par contre. Tout a commencé quand j'ai connu Sally.
Notre haleine se cristallise dans l'air fraîchement hivernal. C'est encore de la chance la plus pure que nous ne nous soyons pas encore fendu la gueule en glissant sur une plaque de glace. Si c'était pour arriver, la poursuite s'achèverait aussi rapidement. Derrière nous, les hommes d'Elestor nous collent aux basques. Si on peut les appeler des hommes... Derrière eux, la police. Elle aimerait bien mettre la main sur un type comme moi, mais ils ne courent pas assez vite. Mon foulard noir retient l'humidité de mon haleine. Mon capuchon, également noir, est gonflé par le vent de ma course et menace de littéralement de s'envoler de ma tête. Sally, elle n'a rien pour cacher ses traits. Elle aime bien trop son effet surprenant avec sa peau si blanche contrastant avec ses cheveux couleur flammes du bûcher. Cette idée me fait peur. Le bûcher c'est rien, comparé à ce qui nous attend si nous nous faisons rattraper. Même dans notre débâcle, ma compagne garde son éternel petit sourire moqueur au bord des lèvres. Ses yeux, aux iris grisâtres, semblent plus rieurs que jamais. Jamais j'aurais crû qu'elle me donnerait le goût de m'esclaffer sans raison dans une situation aussi purement merdique. Le seul truc qui m'en empêche c'est que j'ai plus assez de souffle pour ça. Grey s'éclate en mon fort intérieur par contre. Il est aux anges en ce moment.
Il s'amuse à me tourmenter avec des idées et des images, il sait que j'ai bien trop peur pour regarder derrière moi. Du coup, il jubile à me faire paniquer et à me faire sentir des illusions,[/g] comme leur souffle sur ma nuque et leurs lames fouettant l'air une fraction de seconde derrière moi. Tout devient mensonge destiné à me faire ployer sous sa démence. L'écho de nos pas devient le bruit des pas ennemis, les Arous. Chaque bruit, chaque souffle irrégulier devient un mouvement d'autant plus proche de nous. Grey s'amuse. Il veut prendre contrôle et il n'est sérieusement plus loin du but. Dans les dernières minutes, mon c½ur a sauté un battement tant de fois sous l'effet de la surprise que je dois avoir une moyenne de trois ou quatre battements la minute. La panique commence à couler et c'est sa drogue, à Grey. Ça fais si longtemps qu'il m'en réclame une dose.
Tic, tac, tic, tac, tictac, tictac, tictactictactictac. Les instants s'égrènent, je ne sais plus où ils sont, pas plus que je sais où nous sommes. J'ai une vision un peu horripilante. Je les vois, festoyant sur nos cadavres, leurs yeux se révulsant sous l'effet de la satisfaction, l'odeur de mon sang les rendants fou d'une joie sauvage. Leurs poils de barbes me grattant les entrailles. Bizarrement, l'idée de me faire chatouiller les intestins par leurs moustaches me fait accélérer au point que Sally peine énormément à me suivre.
La ruelle s'allonge toujours. On n'en voit pas la fin. Il n'y a que trois alternatives qui s'offrent à nous. Une issue à gauche, une à droite ou un mur sur lequel s'appuyer en attendant notre fin. Devinez laquelle Grey ne cesse de me souffler ? Il y a des lumières d'une blancheur aveuglante à intervalles réguliers et à chaque fois, les espoirs d'une variante s'estompent. Un mur à gauche, un mur à droite et un trou noir devant. La ruelle nous plonge sans cesse dans un abîme de surprise... notre vie est digne d'un cinémascope.
À force de me côtoyer, Sally m'a refilé son habitude apaisante de se perdre dans nos pensées. Même dans ce merdier, ça m'aide à retrouver un semblant de calme. L'influx d'adrénaline et de panique se déverse dans le flot de mes mémoires. J'essaie de trouver ce qui a mal tourné. D'un ton moqueur, Grey sympathise en me disant : « Dorian. Doooorian ! Tu n'y peux rien, ça te colle après depuis ta naissance ! »
Grey, je t'emmerde !
Les images défilent et tout s'estompe. Mes yeux ne cherchent plus une issue, j'en oublis le froid, la fatigue, ma course devient une suite de pas automatiques. J'oublie mes poursuivants et j'oublie la merdicité de la situation. J'oublie même Grey qui pête un plomb dans mon esprit. Je n'oublie pas Sally par contre. Tout a commencé quand j'ai connu Sally.